City-Blues

Roman

Une équipée mortelle
au coeur des cités

Résumé

La violence des cités transpire dans sa musique. De la techno au rap, elle exprime le mal-être d'une jeunesse en quête de repères, et s'assourdit au tempo d'un blues qui trahit la souffrance de cette quête chimérique... City Music, un mode qui se déchire aux accents métalliques des sons électroniques!

Issu de cet univers complexe, un looser désabusé vivant d'expédients, sans âge et sans nom, traîne aini son spleen entre la Ville et la Cité, entre la vie et la mort. Aux limites de lillettrisme, il ne maîtrise ni l'imparfait du subjonctif ni le jargon de salon, mais il écoute du Beethoven en se plongeant avec ravissement dans la lecture des dictionnaires qu'il collectionne.

Confronté au grand banditsme dans une histoire qui le dépasse et qui constituera pour lui un révélateur, il rit, il pleure, il aime, il vit... et, d'une certaine façon, meurt au rythme d'une équipée sauvage...

Les brumes de l'enfance guident ses pas sur les chemins de traverse d'un parcours sans avenir.

Saura-t-il trouver sa voie?

City Blues est un roman policier atypique qui s’éloigne des critères du genre. La police en est furieusement absente : gangsters et petits délinquants tiennent la place. Il n’y a donc pas d’enquête véritable dans ce roman, sauf, peut-être, celle que mène à son corps défendant le personnage principal. Et quand bien même les cadavres s’y amoncellent, la traque des meurtriers n’est pas son moteur. L’énigme se situe ailleurs, dans les égarements du versant sombre de l’humain. Il s’agit d’un roman noir, très noir.

La forme

a) Le style

L’écriture n’est pas vraiment académique. Savant mélange de langage de rue et de parler jeune mâtiné d’argot, City blues pourrait choquer quelques gens de lettres et autres défenseurs de notre belle langue. Le narrateur en est le personnage principal, un anti-héros issu des cités, à la culture approximative, qui ne maîtrise ni l’imparfait du subjonctif ni la forme négative, et encore moins le jargon de salon. Il tutoie le lecteur et, en adepte du terme cru et du franc-parler, ne laisse guère le choix de son vocabulaire à l’auteur.

Peut-être s’agit-il là d’un risque calculé…

b) La structure

L'histoire se déroule sans temps mort sur 36 heures dans une construction linéaire, ponctuée dans sa première moitié par les souvenirs du narrateur, qui ressurgissent à l'occasion de l'action en cours. Ces flash-back racontés permettent au lecteur de mieux appréhender le personnage principal et de comprendre ses attitudes, réactions, motivations et points de vue dans la tourmente qui l'emporte.

Le fond

a) Le propos

Il ne s’agit pas d’un énième roman sur les jeunes des cités difficiles écrit par un étranger au monde dont il parle, un monde qui génère des peurs parfois légitimes mais souvent fabriquées par des médias et des politiques en mal d’inspiration.

Il s’agit de démontrer que, loin de l’image d’Epinal et du politiquement correct, l’essence d’un être humain ne tient pas à la couleur de sa peau, non plus qu’à ses origines ethniques, confessionnelles ou sociales. Il est surtout, en conscience ou non, le produit d’une culture et d’un vécu propres qui conditionnent sa sensibilité.

L’auteur tente donc de provoquer l’empathie du lecteur pour le personnage principal qui n’a pourtant rien d’admirable et cristallise tout ce qu’exècrent nos sociétés formatées : le mode de vie blâmable, la moralité douteuse, le vol, la toxicomanie, l’assassinat… Ce n’est pas là le portrait de Monsieur Tout-le-monde. Pourtant, l’appréhension de ce qui le touche au cœur et fait vibrer ses cordes sensibles n’échappe pas au commun…

Il s’agit donc d’un défi difficile : amener le lecteur non pas à condamner ou à excuser, mais à constater que derrière l’inadaptation sociale se cache une humanité véritable et profonde.

b) Le lieu

La grande ville ou sa banlieue, ici ou ailleurs! Aucune indication n'est fournie, volontairement. Les thèmes développés sont trop universels pour les réduire géographiquement.

c) La musique

Pour la jeunesse des cités, la musique est devenue un moyen de contestation, l’expression de son mal-être, le cri d’une révolte qu’elle ne peut plus taire. Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que, de la techno au rap, elle soit perçue comme une agression par les oreilles bien nées !

City Music, un nom qui colle aujourd’hui à la cité comme hier le saphir au vinyle...

Difficile de transcrire sur le papier la violence de cette musique, si ce n’est par le rythme de l’écriture et par le choix de mots percutants. Toutefois, plus qu’un style musical, le blues est à envisager ici en tant qu’état d’esprit d’une jeunesse en déroute.

III - Les personnages

a) Sans Nom : Héros de l'histoire. Personnage au lourd passé. A « oublié» son âge et son nom. Lucidité défaillante. Promène son spleen entre la grande ville, où il réside, et la Cité, dont il est issu. Vit d'expédients et de rapines. N'attend pas grand-chose de l'existence. Collectionne les dictionnaires qu'il lit en écoutant du Beethoven. Offre l'apparence d'une certaine normalité, mais son comportement singulier en fait un être en bascule à la recherche de repères et de racines.

b) Momo : Ami du héros. Franc et loyal. Du caractère. Réside dans la cité où il est devenu Grand Frère. La santé de sa mère alcoolique, à laquelle il voue un amour sans concessions, lui coûte très cher.

c) Shalimar : Petite amie du héros. Jeune prostituée d'origine maghrébine aux idées bien arrêtées. Paradoxalement indépendante et toxicomane.

d) Ferraille : Employé caractériel et sans morale des frères Léandri. Raciste et violent, grand amateur de chiens de combat.

e) Pierrot : Petit jeune de la cité, livreur de pizzas sur son scooter. Sous la coupe de Ferraille.

f) Riton et Briquette : Deux receleurs pour lesquels le héros et son ami Momo travaillent ponctuellement. Ont en commun un lourd passé de légionnaires, puis de mercenaires. Riton est un brocanteur sans scrupules et Briquette, son associé, buveur invétéré, un psychopathe sadique.

g) Isabelle : Personnage ambigu. Est à la fois le patron sans pitié d'un réseau de trafic de drogue, mais aussi, pour le héros, la matérialisation utopique d'un amour d'enfance. Une dualité dont elle joue et abuse.

h) Cheveux Blancs et Le Balafré : Complices d'Isabelle. Des truands endurcis.

i) Les frères Léandri : Propriétaires d'une casse automobile. Des "terreurs" qui approvisionnent en substances illicites tous les dealers de la ville. Isabelle est leur pourvoyeur.

IV - L'intrigue

Un cambriolage qui tourne mal. La maison vide est en fait occupée par une jeune femme qui abat froidement l’un des cambrioleurs. Les malfaiteurs parviennent toutefois à s’enfuir avec une mallette pleine de billets, à l’exception de notre héros qui croit retrouver un amour d’enfance en la personne qui vient d’abattre l’un de ses complices…

Manifestement, l’argent dérobé ne sent pas bon. Il s’agit de l’argent de la drogue et nos petits malfrats se retrouvent confrontés au grand banditisme dans une aventure meurtrière qui les dépasse. Si leur manque de professionnalisme les dessert, leur « innocence » déstabilise leurs adversaires, jusqu’à ce que la Cité s’embrase. Ils auront alors un choix à faire, un choix cruel pour des voleurs : garder ou restituer leur butin.

Embarqué dans cette équipée sauvage qui met la Cité à feu et à sang et sème la mort sur son passage, notre héros traverse les événements comme s’il n’était pas concerné, obsédé par de vieux remords et par la quête de plus en plus pressante de ses racines.

Il obtiendra, un peu tard, quelques réponses essentielles à ses questions existentielles…

Les deux premières pages

Page 1
 Quand t’es sur le point de passer l’arme à gauche, paraît que tu revois toute ta vie défiler comme un film en accéléré. Moi, les vingt-quatre dernières heures me suffisent. Comme si toute ma vie devait s’y inscrire en raccourci !
Je baigne dans mon sang sur l’asphalte humide, le canon d’un revolver entre les dents, les jambes brisées. Autour de moi, une nuée de cadavres. Me demande pas combien il y en a ! J’ai jamais aimé compter. Mais ça fait désordre, sur le périph...
La nuit n’en finit pas de tomber. Les sirènes des voitures de police font un boucan infernal. Leurs lumières bleues clignotent au loin, comme la rampe d’un théâtre autour d’une scène surréaliste. Ça s’agite dans tous les sens, dans tous les coins.
Pour un beau bordel, c’est un beau bordel... Tu te demandes comment tout ça est arrivé ?
Moi aussi !

Rien ne m’y prédisposait vraiment, même si j’ai toujours préféré les chemins de traverse aux grandes routes balisées.
J’ai toujours eu un goût prononcé pour les montées d’adrénaline, c’est vrai. Mais peut-être aussi que j’avais pas d’aptitudes particulières pour la vie... Je ne me suis jamais vu en retraité paisible. C’est heureux. Parce que j’ai le sentiment que c’est râpé...
Une histoire comme la mienne, sur un écran, au pire, ça fait pleurer dans les chaumières, au mieux, ça te fait ressentir le grand frisson de l’aventure. Le cul au chaud dans un fauteuil, c’est facile. Quand tu la vis, très vite, tu ne sais plus comment tu t’appelles.
C’est pas ça qui me gêne le plus... Moi, j’ai jamais su mon nom. On n’en meurt pas ! Quoique...

Un détail : c’est la pluie qui ruisselle sur mon visage... Je pleure pas ! Pourtant, j’aurais des raisons ! Je viens de perdre pour la deuxième fois le seul amour de ma vie...
Tu piges pas ?
C’est normal. Moi non plus !

Y a un truc que j’ai appris, quand même, au cours des dernières heures. Quand tu t’interroges, t’as intérêt à te poser les bonnes questions. Tu gagnes du temps et t’as moins de chances de crever idiot. Si j’avais su...
Tu trouves ça confus ? Qu’est-ce que je devrais dire...

Je vais tout reprendre, depuis hier matin, tant que j’ai encore les images sous les yeux.
Essayer d’y voir clair, tenter de comprendre...

Page 2

 — Je le sens pas du tout, ton coup. Trop foireux ! Trop de monde ! Trop tout ! Je marche pas.

Momo est emmerdé. Ce que je viens de lui dire a pas l’air de lui faire plaisir.

— C’est parce que c’est un petit pédé qui est à l’origine ? il me balance.
— Ça n’a rien à voir. Pierrot, il fait ce qu’il veut avec son cul. Mais c’est un môme. D’une, j’ai pas l’habitude de travailler avec les mômes, et de deux, Ferraille est trop dangereux. Ce mec est caractériel. Tu peux pas compter sur lui. C’est un imprévisible.
— N’empêche que c’est lui qui est venu me trouver. Je peux pas l’envoyer aux pelotes.
— Et ben, on fait pas et puis c’est marre ! Enfin merde, quoi, on va pas changer nos vieilles habitudes pour travailler avec un tordu !

Momo ne répond pas. Il a un pli soucieux sur le front. Jusqu’où s’est-il engagé, ce con ? Putain ! Il m’a pas habitué à ça.
C’est vrai que le coup a l’air intéressant. Et pas trop difficile. Une maison assez isolée dans un quartier chicos, une propriétaire souvent en vadrouille, pas de chiens à proximité, du matos facile à fourguer. C’est tentant. D’autant plus que « ça sent l’oseille » a dit Pierrot.
Pierrot, c’est un jeunot de la cité qui se fait un peu de blé en livrant des pizzas à domicile sur son scooter. C’est comme ça qu’il a retapissé la bicoque, la semaine dernière. La femme bon chic bon genre qui l’a reçu avait pas de monnaie. Elle l’a fait attendre dans l’entrée avec sa pizza sur les bras et son casque sur la tronche. Il l’a vu pénétrer dans le salon qui ressemble, paraît-il, à la caverne d’Ali Baba. Elle a tiré un bifton d’une liasse enroulée avec un élastique dans son sac à main. Elle a raqué cinquante euros sa napolitaine en lui disant de garder tout. Elle s’est crue obligée de lui raconter qu’elle était souvent en voyage et que c’était bien commode de se faire livrer quand on n’a pas le temps de se préparer à bouffer. Pierrot a même ajouté qu’elle était roulée comme une miss. Je vois pas ce que ça peut lui foutre à Pierrot. Lui, jusqu’à preuve du contraire, il est plutôt à voile qu’à vapeur. Alors, les gonzesses...

17/10/2013

J'ai dévoré Cty Blues et, à la page 254, je me suis senti "en manque"... A quand la suite ?
Des phrases vives, courtes, précises, évocatrices... On voit les images... Le style JMD me plaît toujours autant, et même de plus en plus.
Et quelle imagination ! Bravo.

Jean-Pierre Bossut

06/11/2014

Inconditionnellement accro !
J'ai adoré les Seigneurs d'Amaury, avec une écriture très poétique et des descriptions sublimes.
Avec City Blues, on entre dans un autre univers, et le talent de l'écrivain se ressent d'entrée avec une écriture en totale corrélation avec l'histoire, plus fracassée. J'attends la suite avec impatience !
Ce sont de petits bijoux !

Agathe Lesage